Cooper Webb
Mes + belles victoires

La compétition est un monde d'émotion

Alexandre Kowalski : Yamaha Off-Road Racing Manager
  • Alexandre Kowalski, sur la gauche, fête la victoire de Janis Reisulis.
  • Motocross History : Comment êtes-vous entré chez Yamaha ?
    Alexandre Kowalski (AK) : Lorsque je suis sorti du service militaire, j'ai postulé chez Yamaha et je suis rentré au service commercial. J'avais fait des études, un BAC + 5. Yamaha, c'est une marque que j'aimais bien, qui me tenait a coeur.


    Quel est votre parcours chez Yamaha ?
    AK : Après avoir donc commencé au commercial, j'ai basculé rapidement a la presse compétition aux côtés de Jean-Claude Olivier. J'ai passé 15 années auprès de ce grand monsieur, ça ma permis de m'enrichir, d'évoluer et a partir de la, je n'ai fait que de la compétition, je m'occupais a la fois de la presse, du sport, que ce soit vitesse ou tout-terrain, c'était tout le sport chez Yamaha France, puis j'ai pris le marketing, l'événement, le développement produit et ensuite Eric de Seynes m'a proposé de rejoindre Yamaha Europe au travers du racing. J'ai été responsable du rallye et de l'enduro et ma casquette s'est étendue a l'Off-Road dans la globalité.



    Avez-vous roulé en moto ?
    AK : Oui ! Je fais de la moto depuis de tout petit, j'ai fait beaucoup du motocross, un peu de championnats de France, beaucoup de courses de ligue, quelques courses sur piste, deux fois le bol d'argent, quelques rallyes comme le Shamrock, des enduros comme le Trèfle Lozérien, l'Aveyronnaise, le Bretzel vert, la Grappe de Cyrano.


    Quel est votre fonction ?
    AK : Je suis chez Yamaha Motor Europe et je suis responsable Off-Road Racing Manager, c'est a dire, responsable de toute la partie Off-Road. J'ai en charge, les programmes MXGP, Enduro, quand il y en avait, un peu de SSV, les rallyes, comme le Tenéré avec Marc Bourgeois.


    Vous avez beaucoup de déplacements ?
    AK : Oui beaucoup de déplacements, un peu moins en rallye, je suis beaucoup présent sur les GP, il y en a 20 plus le Motocross des Nations.

  • Darwin, a l'autre bout du monde en Australie.
  • Comment se passe l'organisation avec les teams dans les différentes catégories ?
    AK : Il y a 4 teams, 2 factory en MXGP et MX2 et deux teams officiels en 250 et 125 pour le programme européen.

  • Sous le haut vent du team EMX250.**
  • Pourquoi y a t-il parfois des changements de team et de catégorie ?
    AK : Les teams sont liés avec des contrats d'un an, de deux ans, avec des options. C'est fonction de plein de choses : des aspirations des propriétaires de team, des aspirations de la marque, c'est très variable, ça se fait au fur et a mesure des années, si ça s'est bien passée ou moins bien, que ce soit, côté team, côté marque, côté pilote, c'est le monde de la compétition qui fait qu'il y a des aléas, des changements réguliers. La carrière d'un pilote moto est quelque fois courte ça dépend des profils, ou plus longue.


    Est-ce que les teams gèrent leur budget ? Y a t-il une aide de Yamaha ?
    AK : Nous apportons un budget au team, nous payons les et les salaires des pilotes, les pièces, les motos, des bonus. Et le team owner prend toute la partie logistique, les mécaniciens, les camions, les vans, et le transport de son équipe. C'est une répartition des dépenses qui permet d'équilibrer et d'être dans les différentes catégories. Aujourd'hui, si la marque était sans propriétaire des teams, on ne pourra pas être présent dans les quatre catégories dans lesquelles nous sommes aujourd'hui.

  • Une vue du team Kemea.**
  • Qui s'occupe des contrats ?
    AK : Les contrats des pilotes pro sont signés par notre président et c'est moi qui les rédige. Cela se fait en fonction d'une discussion, notamment avec des sponsors personnels, de nos partenaires, des bonus et du salaire du pilote. Je propose les contrats et la stratégie a mon responsable du Motorsport, Andrea Dozoli, puis a notre président, Olivier Prevost, qui valide la dépense, l'investissement.


    En général, la durée des contrats est plutôt courte ?
    AK : La durée des contrats est variable. En général, il y a des années d'option. On se réverve la possibilité de poursuivre un an avec le pilote. Au bout de 4-5 mois, on voit si le pilote performe et s'il performe, on le prolonge, on lève l'option. Il y a aussi des contrats de deux ans plus un an et des contrats de trois ans ferme. 2025 a été une année particulière car il y a beaucoup de pilotes qui arrivaient en fin de contrat, donc ça a ouvert le marché et ça a permis de faire évoluer le monde du motocross.


    Qu'est-ce que bLU cRU ?
    AK : bLU cRU permet de sélectionner des jeunes et puis aussi d'animer. Vous savez aujourd'hui, on vend des motos a des clients, mais il faut leur raconter une histoire, il faut leur proposer des courses, des programmes, des championnats et le bLU cRU permet de rayonner sur l'Europe a travers toutes les catégories. Et on le voit a la super finale, lors du Motocross des Nations, il y a une tente où il y a tous les pays, il y a beaucoup de pays. Au début c'était européen, maintenant c'est devenu mondial, puisque nous avons des pilotes américains, australiens, et d'autres qui viennent d'Asie. Après il y a tous les distributeurs européens et en fonction des résultats des championnats locaux, cela nous permet de sélectionner des jeunes, d'animer les distributeurs locaux, d'animer le marché des jeunes tout en regardant, en observant et en surveillant le niveau de performance des jeunes et lorsqu'on a un jeune qui est plus performant que les autres, il a un avenir chez Yamaha. Le but est de mettre en place cette filière pour leur permettre d'accéder au plus haut niveau.

  • Le bLU cRU.*
  • Qu'est-ce que cela apporte a Yamaha ?
    AK : La philosophie de la marque, c'est de façonner des jeunes et de les emmener au plus haut niveau. On sélectionne les jeunes pilotes a partir des 65cc, 85cc et 125cc. Le gagnant en 65 a des aides pour le 85, le gagnant en 85 pour la 125 et le gagnant en 125, est intégré dans un team européen pour participer au championnat d'Europe 125. On sélectionne des jeunes, qui font des résultats ou pas. S'ils font des résultats ils sont amenés a rouler dans le team MJC, qui est le team du championnat d'Europe 125 et ensuite a gravir les échelons jusqu'a terminer en MXGP a l'instar de Maxime Renaux chez nous. Quand cela se passe bien, les pilotes restent, mais comme je l'ai dit précédemment cela peut varier et moins bien se passer.


    Quelle est la plus belle réussite de ce cette filière ?
    AK : La figure emblématique de la plus belle réussite, aujourd'hui, c'est Maxime Renaux, qui a fait toute sa carrière chez Yamaha, qui a été pilote support en 85 et qui a gravit les échelons en Europe 125, puis en 250, qui est monté en MX2 et qui a connu la satisfaction pour nous, pour lui, pour le team, c'est le titre de champion du monde qu'il a eu en 2021. La suite logique, c'est l'accès au factory MXGP. Maxime est dans le plus gros team, le plus important et le plus représentatif en termes d'image et de performance.

  • La bannière de M.Renaux, champion du monde 2021, que l'on peut voir sur les circuits.**
  • Quels ont été vos coups de coeur, côté pilotes ?
    AK : J'en ai beaucoup. Le monde de la compétition est un monde d'émotion, de passion. C'est un monde avec des vraies valeurs humaines. J'ai eu la chance de côtoyer beaucoup de pilotes. Ca a commencé avec Stéphane Peterhansel, les victoires d'Arnaud Demeester, de Todd Kellet, de Maxime Renaux, des frères Reisulis. Je ne veux pas en nommer un plus qu'un autre car je vais en oublier. Celui qui ma marqué émotionnellement, parce que j'avais commencé directement avec lui, sur le Dakar, c'est Stéphane Peterhansel, c'est un des plus grands champions de ce sport.


    Depuis le temps que vous êtes sur les circuits, qu'est-ce qui était mieux avant, qui est mieux aujourd'hui ?
    AK : Ce qui était mieux avant c'était la proximité, la liberté, le nombre de spectateurs qui venaient sur les circuits, c'étaient des circuits a l'ancienne, c'était un sport en plein essor, il y avait une vraie attente, les championnats se déroulaient sur des circuits différents et a part, avec les catégories 125cc, 250cc et 500cc. Je ne sais pas si c'était mieux avant, en tout cas le promoteur Infront, a fait énormément progressé le sport sous l'égide de G.Luongo, on est arrivé a un professionnalisme, avec de belles retombées TV, bien sùr on en attend toujours plus. Globalement, le sport a progressé. Et puis on fait face a des contraintes environnementales qu'il nous faut respecter. On a fait baisser le niveau sonore des motos, on arrivera demain avec de l'essence plus propre. On a des contraintes qui font qu'il y a moins de liberté qu'avant, mais le sport est différent, mais le sport est tout aussi beau, il a été professionalisé, les terrains ont énormément évolué, les machines ont évolué, les pilotes ont évolué. Aujourd'hui quant on voit les obstacles que les pilotes sautent, a la vitesse a laquelle ils roulent, je ne sais pas si c'était mieux hier ou mieux aujourd'hui, je pense que le sport a évolué comme de nombreux sports et on arrive aujourd'hui a une professionnalisation de tout cela, qui fait que le motocross reste sportivement super intéressant et super excitant.


    Sur le plan sportif, qu'est-ce qui n'a pas fonctionné cette saison ?
    AK : En fait 2025 a découlé de 2024 où on a des pilotes qui se sont énormément blessés. De nos jours, aligner 20 Grand Prix comme cela, a la vitesse ou ils le font, avec parfois 3 GP de suite, il faut passer a travers les mailles du filet. On croit que le championnat du monde de motocross est un sprint or c'est un marathon. C'est un marathon de 20 courses et si vous loupez un ou deux GP, la course au championnat prend une autre allure. C'est un manque de consistance dans les résultats. Après quand je dis que cela n'a pas fonctionné, nous avons quand mme deux titres de champion du monde, avec Lotte Van Drunen chez les filles et Mano Faure en 125 et un titre de champion d'Europe avec Janis Reisulis. La régularité des résultats na pas été au rendez-vous, mais Calvin Vlaanderen, Thibault Bénistant, Maxime Renaux ont très bien roulé. Maxime s'est beaucoup blessé encore cette année, Calvin et Thibault ont fait de beaux résultats et après il y a eu des passages a vide.

  • Lotte Van Drunen Championne du Monde !
  • Mano Faure Champion du Monde !
  • Janis Reisulis Champion d'Europe !
  • Calvin Vlaanderen.
  • Thibault Bénistant.
  • Maxime Renaux.
  • Pour 2026, avec tous les changements de pilotes, y a t-il des inconnus ?
    AK : Les inconnus. Non parce qu'on connait les pilotes on sait ce qu'ils valent, on connait leurs qualités, leurs faiblesses. Oui, car en mars, ils seront tous derrière la grille. C'est le juge de paix. La compétition, la course, c'est en fait la résultante du travail qui est fait en amont. Si j'osais, je dirais, que le Grand Prix, il se fait a l'entraînement, il ne se fait pas le jour du GP. A un moment, vous vous entraînez, vous poussez de la fonte, vous êtes sur le vélo et le juge de paix, il arrive quand vous êtes face aux concurrents. On essaie de mettre tous les atouts de notre côté pour performer et être prêt le jour J.


    Quels seront les objectifs en 2026 ?
    AK : Les objectifs sont clairs. A partir du moment ou Yamaha s'affiche, s'investit officiellement avec des teams factory, avec des pilotes de très haut niveau, l'objectif c'est de remporter des titres de champion du monde, de champion d'Europe dans toutes les catégories. On a des teams officiels, qui sont financés tout ou en partie par la marque. Il y a des ingénieurs qui travaillent, il y a des mécaniciens, des logisticiens, des électroniciens, des techniciens de suspension, il y a donc un certain nombre de personnes, de spécialités, qui sont au service des pilotes pour leur apporter le meilleur niveau de performance. Charge a eux de s'entraîner et d'améliorer leur niveau de pilotage pour aller chercher des victoires.

  • La collection de titres du Team MJC s'affiche sur le van.**
  • Photos : A.Kowalski, * Yamaha et ** l'archiviste.